Autosuffisance alimentaire de Maurice : « Des mesures budgétaires nettement insuffisantes »

Nous avons été touchés de plein fouet pendant la pandémie Covid-19 durant le confinement, et il a été question une fois de plus de l’autosuffisance alimentaire. En effet, beaucoup de Mauriciens ont connu la pénurie des légumes. Le pays pourra-t-il prôner une politique d’autosuffisance sur le plan alimentaire ? Le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a dans son discours du Budget 2020/2021 pris note que le pays a tiré les enseignements nécessaires pendant le confinement et que nous devons venir le plus vite possible une nation autosuffisante au niveau de l’alimentation. Nous avons, pour ce dossier, parlé avec les experts de ce secteur, qui nous font découvrir de façon réaliste, nos capacités de production alimentaire à Maurice et notre dépendance sur l’importation des produits agroalimentaires.

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Le ‘National Agri-Food Development Programme’ du gouvernement

Selon le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, le pays a maintenant les moyens, y compris les terres, sur lesquelles d’éventuelles plantations et autres cultures peuvent être réalisées.

Il avait annoncé plusieurs mesures pour réduire notre dépendance sur l’importation, entre autres :

  • La mise en place d’un programme national de développement agroalimentaire, la National Agri-Food Developpement Programme.
  • Une banque numérique centralisée des terres agricoles privées. Cette banque fonctionnera sous l’égide de Landscope Mauritius Ltd et sera accessible au public.
  • Landscope Mauritius Ltd aura un mandat pour acquérir des terres agricoles privées avec le soutien de la State Investment Corporation (SIC).
  • Le gouvernement va également donner un soutien technique aux petits planteurs pour leur permettre de participer pleinement à la National Agri-Food Developpement Programme.
  • Pour augmenter la production de pommes de terre et d’oignons, la subvention pour l’achat de semences passera de Rs 5 000 roupies la tonne à Rs 25 000.

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Kreepalloo Sunghoon : « Les jeunes doivent se lancer dans l’agriculture »

kreepaloo-sunghoon Selon Kreepalloo Sunghoon, le secrétaire de la Small Planters Association, la pandémie a quand même provoqué un sursaut chez les Mauriciens, qui ont pu réfléchir sur l’importance de l’industrie agricole.

En ce qui concerne la pénurie des légumes pendant le confinement, Kreepalloo Sunghoon tient à préciser que les légumes étaient bien là , mais la chaîne de distribution, depuis la plantation, jusqu’au consommateur, a connu des dysfonctionnements, et ce qui aurait causé cette pénurie.

 

Quel regard jette-t-il sur le programme gouvernemental en matière d’autosuffisance alimentaire ? Selon lui, à chaque nouveau Budget, le gouvernement prend bien des mesures pour le secteur de l’agriculture dans le pays, mais tout dépend si ces mesures sont vraiment appliquées, et comment elles le sont. En outre, il faudrait aussi y avoir assez de financement et d’investissement dans ce secteur. Le secrétaire de la Small Planters Association nous explique que le gouvernement doit prendre en considération les technologies à notre disposition pour savoir si les mesures proposées peuvent être mises en place.

Le secrétaire de la Small Planters Association estime qu’en 2018 et 2019, la quantité de légumes produits localement constitue moins de 25 % de la quantité totale de légumes que les Mauriciens consomment. Ce qui est, selon lui, un gros problème car cela veut dire que nous devons dépendre sur les importations de légumes. « Le hic, c’est que les pays avec lesquels nous importons ne s’intéressent pas vraiment à nous car nous sommes un petit marché », affirme-t-il.

Il propose à ce que le gouvernement se fixe un objectif sur la quantité de légumes dont le pays aura besoin, et développe en conséquence une stratégie avec les axes suivants : qui va planter ? Où faudrait-il planter ? Et combien faudrait-il planter ? « Il devrait y avoir un suivi de la part du ministère concerné pour voir si cette idée marche », nous dit-il.

Il estime que de nouvelles technologies agricoles, de nouveaux produits, une bonne dose d’innovation, ainsi qu’une éducation destinée à la masse des consommateurs visant à changer le style de consommation des Mauriciens, pourront amener beaucoup de changement.

Kreepalloo Sunghoon lance un appel aux jeunes de se lancer dans l’agriculture car 65 % des planteurs et agriculteurs sont âgés entre 55 ans et 60 ans, et quand ces derniers vont partir à la retraite, il n’y aura personne pour prendre la relève.

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Hors-texte

Vers une augmentation des prix des légumes fin juillet ?

Kreepalloo Sunghoon, le secrétaire de la Small Planters Association, nous explique que quand les planteurs ont pu reprendre le travail dans les champs, divers problèmes ont surgi sur les plantations et ailleurs, ce qui pourrait bien conduire à une hausse des prix des légumes d’ici fin juillet. Croisons les doigts…

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Amar Deerpalsingh : « La plantation des légumes à Maurice se fait au petit hasard »

amar deerpalsinghAmar Deerpalsingh, le président de la Fédération des petites et moyennes entreprises (PME), maintient d’emblée que les mesures proposées dans le Budget 2020/2021 pour le secteur de l’agriculture sont nettement insuffisantes.

 

« Nous vivons dans un pays tropical, et à un moment donné de l’année, nous avons suffisamment des légumes, mais à d’autres périodes de l’année, nous devons dépendre sur les importations. Les planteurs du pays ont une crainte que si le prix des légumes baisse, ils ne seront pas en mesure de recouvrir leurs frais et autres investissements, c’est la raison pour laquelle il y a une pénurie de légumes dans le pays », explique-t-il.

Amar Deerpalsingh ne mâche pas ses mots : pour lui, la plantation des légumes à Maurice est comme un jeu du hasard, alors que celle-ci devait être coordonnée.

Il préconise qu’un centre de recherches pour les légumes doit être mis sur pied, comme il en existe déjà pour la canne à sucre. Ce centre accompagnerait les planteurs par rapport au climat, à la terre et aux maladies affectant les légumes, et ses experts devront montrer aux planteurs comment faire pour améliorer la façon de produire et leur rendement.

Amar Deerpalsingh plaide pour que l’État, à travers le Marketing Board, donne des subsides sur les semences, ce qui fera les planteurs acheter leurs semences directement du Marketing Board. Si cela est fait, le Marketing Board aura un contrôle sur la quantité de semences qui a été vendu, et prévoir la future récolte. De ce fait il y aura un contrôle sur la quantité. Il n’y aura alors pas de plantations en surplus ou en moins. « Parfois, vous voyez que les carottes sont en abondance, et parfois vous voyez que ce sont les choux qui sont en abondance. C’est parce qu’il n’y a aucun contrôle », nous explique-t-il.

Le président des PME propose que le ministère garantit les prix durant toute l’année, comme pour la pomme de terre et les oignons, entre autres. Il explique que les excédents pourront être absorbés quand il y a une surproduction, et du coup, ni les consommateurs ni les planteurs ne seront perdants. Si le ministère prend cela en considération et pratique une politique des prix, les agriculteurs pourront planter sans inquiétude, et mieux gérer des coûts tels que la main d’œuvre, les machines, et l’achat des semences, et mieux faire face aux intempéries.

Pour finir, il a mis l’emphase sur deux problèmes liés à l’importation des légumes. Il a ainsi fait ressortir qu’avec la baisse dans les arrivées de touristes dans le pays, nous allons connaître beaucoup de problèmes en ce qui est de l’importation, car nous n’avons pas assez de devises étrangères.

Il a aussi parlé sur le danger que peuvent représenter des légumes importés pour la santé du consommateur mauricien, car on ne peut être sûr si le ministère ou le département concerné pratique bien des vérifications sur les légumes importés (voire même les autres nourritures importées) pour déterminer leur niveau de toxicité.

 

 

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Nos importations en chiffres

La sécurité alimentaire à Maurice est assurée à la fois par la production locale et les importations. Maurice est considéré comme un ‘Net Food-Importing Developping Country’ (NFDIC), car il importe la plupart de ses aliments de base, comme le riz et la farine.

Au cours de l’année 2014, la facture d’importations alimentaires s’est élevée à Rs 38 milliards,  représentant 22 % du total des importations.

Cependant, entre 2010 et 2014, les importations de riz, du maïs et des légumineuses ont diminué, respectivement, de 29 %, de 4,6 % et de 4,8 %. Les importations totales pour le premier trimestre de 2020 se sont élevées à Rs 44 053 millions, soit une baisse de 16,8 % par rapport au trimestre précédent. Par rapport au trimestre correspondant de 2019, les importations totales ont diminué de 4,8 %.

Au cours du premier trimestre de 2020, nos importations provenaient de quatre pays principaux, à savoir : les Émirats arabes unis (EAU) (20,6 %), la Chine (12,6 %), l’Inde (9,6 %), l’Afrique du Sud (7,3 %) et la France (6,1 %).

Parmi les continents, l’Asie était notre principal fournisseur, avec une part de Rs 25 667 millions, représentant 58,3 % des importations totales, suivie par l’Europe, avec une part de Rs 11 162 millions, représentant 25,3 % des importations totales et l’Afrique, avec une part de Rs 4 653 millions, représentant 10,6 % des importations totales.

Par rapport à la période correspondante de 2019, les importations totales en provenance des Émirats arabes unis ont augmenté de 916,1 % tandis que les importations en provenance d’Inde, de France, de Chine et d’Afrique du Sud ont diminué de 49,9 %, 29,9 %, 25,7 % et 24,0 % respectivement.

 

 

Neevedita Nundowah

Sarah Khodadin

 

 



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